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  • Photo du rédacteurRomain Duchet-Suchaux

La relocalisation de la filière photovoltaïque : une ambition peu réaliste dans le paradigme actuel



En avril 2024, le fabricant français de panneaux solaires Systovi annonce la cessation de ses activités face à l’accélération soudaine du dumping chinois et le manque de réactivité des régulateurs en France et en Europe. De même, Recom-Silla, mis à mal par les productions chinoises, est en liquidation judiciaire.


Cette situation tendue n’est toutefois pas conjoncturelle. En effet, Systovi et Recom-Silla étaient parmi les derniers fabricants présents sur le territoire français, aux côtés de Photowatt, Voltec Solar et DualSun. À ce jour, un seul acteur ambitionne de se lancer dans l’aventure : Carbon, qui serait opérationnel en 2025. Comme le montre le graphique ci-dessous, l’ensemble de la chaîne de valeur tend à se concentrer en Chine depuis plus de 10 ans :



L’équilibre économique de ces acteurs est complexe. En effet ils font face à la volonté des pouvoirs publics de développer rapidement des productions photovoltaïques pour un coût aussi bas que possible, et à l’avance titanesque de la filière chinoise, qui est en mesure de fournir des panneaux de qualité pour un prix très inférieur à ce que peuvent proposer les acteurs européens. Comme le montre le graphique ci-dessous, la Chine était déjà nettement compétitive en 2018 sur l’intégralité de la chaîne de valeur :



L’élément le plus pertinent de la chaîne de valeur à relocaliser serait l’assemblage des modules, comme le font l’essentiel des acteurs encore présents en Europe.


Toutefois, les leviers de compétitivité sont faibles, voire inexistants, en raison de la forte automatisation de la production chinoise, de ses effets d’expérience et les capacités déployées. Quand la société Carbon ambitionne de construire une "giga usine" de 500 MW d’ici 2025, PGCL System Integration Technology construit la plus grande usine du monde dans l'Est de la Chine, d'une capacité de 60 GW, soit 120 fois plus que la future plus grande usine d’Europe..!


Au-delà de la taille, les marges de manœuvre des producteurs européens sont minces :



Les écarts de coûts en Chine sont dus à des différences économiques, mais aussi à des distorsions mises en place par l’Etat pour favoriser son industrie :


En outre, cette relocalisation n’est pas facilitée par le régulateur, qui impose des politiques antidumping sur certains éléments de fabrication des panneaux comme le verre solaire, mais pas sur les panneaux photovoltaïques assemblés.


Ainsi, le sujet semble mal engagé dans le paradigme économique, politique et réglementaire actuel. Des évolutions structurelles de notre économie locale, de nos ambitions concernant le coût de l’énergie, de nos réglementations et de nos relations commerciales internationales seront nécessaires pour permettre à une filière française d’émerger.




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