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  • Cyril Flour

La renaissance de l'industrie nucléaire française - Partie 2

Dans le premier volet de cette série consacré à l’énergie nucléaire en France, La Renaissance de l’industrie française – Partie 1, nous avons vu en quoi le nucléaire est un outil vu comme incontournable pour répondre aux enjeux énergétiques actuels et futurs. Aujourd'hui nous vous proposons de remonter le temps et de se pencher sur l'histoire mouvementé de l'industrie du nucléaire en France.



Début 2022, le président de la République, Emmanuel Macron, présentait le plan d’investissement France 2030, ayant pour but de rattraper le retard industriel français notamment dans la filière du nucléaire. Cette annonce vient rompre avec deux décennies "d’hiver nucléaire" depuis l’aboutissement du plan Messmer de 1974. Ce dernier a permis le développement en France d’une industrie de pointe, reconnue internationalement dans les années 2000.


Dans les années 80, une vitesse de déploiement très supérieure aux enjeux de développement actuels


De 1963 à 1972, Électricité de France (EDF) démarre six réacteurs de première génération dont la puissance culmine à 500 MW par réacteur.


C'est à partir de 1974 que la filière connaitra son essor, avec le lancement du plan Messmer à la suite de la crise pétrolière. Dans cette période, 34 tranches de 900 MW ont été déployées, avec jusqu’à 5 tranches construites (soit 4 500 MW) par an dans les années 80. Un rythme de développement bien supérieur à celui envisagé d’ici 2050 (8 à 14 réacteurs EPR prévus selon RTE sur 25 ans).



Ces développements ont permis à la France de se doter d’une électricité particulièrement compétitive et décarbonée. Aujourd’hui encore, le pays produit une électricité largement moins chère que ses voisins européens, et sa production d’électricité représente moins de 5% des émissions à effet de serre en France.



Depuis les années 2000, un "hiver nucléaire"


Malgré la position dominante de la filière nucléaire française sur la scène internationale, son déclin s’amorce en 1998 lorsque le gouvernement Jospin décide de mettre fin au programme Superphénix (programme conjoint de centrale nucléaire entre allemands, italiens et français). C’est alors le début de politiques ambivalentes sur le nucléaire, alternant des investissements timides comme sous Nicolas Sarkozy et un recul des investissements avec François Hollande souhaitant abaisser la part du nucléaire dans le mix énergétique français à 50% à la suite de la catastrophe de Fukushima en 2011.


Ces évolutions politiques ont eu pour résultat une baisse brutale de la production de nouveaux réacteurs. Ainsi, après un pic de construction entre 1980 et 1985, période durant laquelle plus de 35 000 MW étaient construits en parallèle, le volume annuel de constructions de nouvelles centrales s’est effondré, passant à 5 000 MW dans les années 90, puis à 1 000 MW depuis 2000. Les compétences de la filière française se sont donc mécaniquement réduites à un niveau largement inférieur à celui des années 80.



Flamanville, le dernier projet en date, au-delà de son caractère novateur, démontre la difficulté actuelle d’EDF et de ses fournisseurs à mener à bien la construction d’une centrale sur le territoire français (10 ans de retard, des coûts multipliés par 3,3 soit 12,4 milliards d'euros, …).


Des enjeux de formation et de recrutements importants, portés par le regain de popularité de la filière


Aujourd’hui l’opinion public est favorable au nucléaire. D’après une étude IFOP datant de septembre 2022, 75% des français sont favorables à la production d’énergie nucléaire contre 37% selon la même étude datant de 2012, après Fukushima. Cette évolution des mentalités est perceptible au sein même des partis traditionnellement opposés à l'atome : 54% des sympathisants Europe Ecologie Les Verts se disent aujourd'hui au moins favorables au développement de nouvelles capacités pour compenser le démantèlement ou la réparation des réacteurs actuels contre 46% pour l’arrêt du nucléaire.



Signe également d’un changement de mentalité chez les jeunes, les écoles d’ingénieurs voient leur nombre d’étudiants se spécialiser dans l’atome augmenter, après des décennies de difficultés à remplir les bancs des filières nucléaires.


C’est une bonne nouvelle pour la filière qui doit faire face actuellement à un manque de main d’œuvre important. Une situation doublement problématique puisqu’en parallèle de la production et de la maintenance du parc nucléaire français, la filière doit mener de front le projet de construction de six nouveaux EPR du plan France 2030.


Afin de tenir le cap, EDF doit recruter 10 000 à 15 000 par an sur la période 2023-2030, dans plus de 80 métiers différents (ingénieurs, techniciens et ouvriers, …). A titre de comparaison, sur la période 2019-2022, EDF a recruté 5 000 personnes par an.



Ainsi, quelles que soient les opinions de chacun, les perspectives économiques du nucléaire en France sont bonnes. Avec un plan d'investissement ambitieux pour se doter de nouvelles centrales et une opinion favorable au nucléaire, la France se donne les moyens de ses ambitions. Cependant, le recrutement reste une étape à dépasser. Former et recruter une main d’œuvre dans cette filière ne se fera pas sans difficultés et pour cause, chaque emploi nécessite une grande expertise. Dans notre prochain et dernier volet sur le nucléaire, nous nous pencherons sur les enjeux liés aux métiers du nucléaire.


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