• Romain Duchet-Suchaux

La renaissance de l'industrie nucléaire française - Partie 1




Dans le cadre de notre activité, nous avons accompagné des entreprises œuvrant au développement des énergies renouvelables en France. Conscients de leur rôle clé dans la décarbonation de notre mix énergétique, nous pouvons néanmoins observer que cette transition est amenée à s’appuyer aussi sur une relance ambitieuse de notre industrie nucléaire. Il semble que les objectifs seront atteints d’autant plus rapidement que l’ensemble des filières réussiront à monter en capacité rapidement.


Nous vous proposons une série de publications, ce billet étant le premier, avec pour objet d’éclairer l’intérêt que présente l’industrie du nucléaire, tant au niveau de ses perspectives, que de sa capacité de création de valeur et de sa diversité d’activités.


Sur le long terme, une hausse significative de la demande d’électricité

Malgré une stabilisation récente, la demande en électricité en France devrait repartir à la hausse dans les années à venir, notamment par la réindustrialisation (voir aussi notre billet récemment publié sur ce sujet) et l’électrifications des usages, comme la mobilité électrique, les pompes à chaleur, ou encore les solutions hydrogènes.


Ainsi, RTE (Réseau de Transport d’Electricité) anticipe dans ses projections une demande d’électricité qui devrait passer de 480 TWh en 2019 à 550 (scénario bas) – 750 (scénario haut) TWh en 2050, soit une croissance de 15% à 56% en 30 ans.


Outre ces scénarios, le graphique ci-dessous montre que l’électrification des usages demandera le remplacement ou la réduction d’environ 1 000 TWh thermiques en France, utilisés principalement pour générer de la mobilité, de la chaleur et de l'électricité.

Le besoin de production électrique reste donc significatif à long terme, et la décarbonation totale de notre pays pourra nécessiter d’aller encore plus loin que les scénarios prévus par RTE, que ce soit sur le développement de capacités de production d’électricité ou sur l’évolution de nos modes de vie afin de réduire notre consommation d’énergie.


Un déséquilibre entre l’offre et la demande sur le marché de l’électricité qui tend à s’amplifier

La réponse européenne à cette hausse de la demande n’est en revanche pas entièrement dessinée à ce jour. En effet, l’offre en électricité se trouve aujourd’hui ralentie par deux raisons principales

  • Une réduction de la capacité de production garantie en Europe : quand les capacités de production éoliennes et photovoltaïque ce sont fortement développées pour atteindre plus de 30% de la capacité installée, le développement de l’hydroélectrique n’a pas suffi à compenser la réduction des capacités fossiles et nucléaires

  • Une hausse des prix des combustibles fossiles : après des années de stabilité, les prix du pétrole et du gaz ont connu une première envolée spectaculaire en 2021, amplifiée en 2022 par le conflit russo-ukrainien. Cette hausse impacte directement le prix de l’électricité sur le marché européen.


Ce déséquilibre entre l’offre et la demande pourra se traduire par une hausse structurelle du prix de l’électricité à moyen terme. Une conséquence directe néfaste pour les ménages mais qui pourra néanmoins contribuer au financement du renforcement des capacités de production.


Le nucléaire fait partie de la solution

Pour répondre efficacement et de manière responsable à la hausse future de la demande européenne en électricité, trois technologies de production principales ont été identifiées par RTE en excluant les énergies fossiles : l’éolien, le solaire, et le nucléaire.


Non seulement les capacités de production existantes devront être maintenues (pour des centrales dont la durée de vie est de 20 à 60 ans selon la technologie), mais 55 à 225 GW de capacité supplémentaire devra être développée selon nos analyses en nous appuyant sur les scénarios RTE :

  • 10 à 45 GW de capacité nucléaire (pour 60 GW existant)

  • 45 à 180 GW de capacité solaire et éolienne (pour 25 GW existant)


Ces enjeux de développement sont considérables : RTE évoque aujourd’hui 8 à 14 réacteurs nucléaires EPR de deuxième génération en 2050, avec une capacité individuelle de 1,8 GW, soit une capacité supplémentaire de 14.4 à 25.2 GW. Pour rappel, le premier réacteur de ce type en France est toujours en cours de construction et devrait être mis en service en 2023 après plus de 15 ans de travaux.


De la même manière, le territoire français devra déployer d’ici 2050 entre 2 et 7 fois la capacité d’éolien et de photovoltaïque qui a été déployée jusqu’ici. RTE prévoit aujourd’hui un parc solaire multiplié par 10 et un parc éolien multiplié par 5, soit une capacité supplémentaire de 180 GW.


Ces objectifs ambitieux ne pourront être atteints que par un soutien de l’Etat et un investissement fort des acteurs privés de la filière :

  • Un fonds France Nucléaire a été doté en 2022 d'un total de 200 M€ par l’Etat et EDF

  • Un appel à projets « Réacteurs nucléaires innovants » a été déployé via BPI France, doté de 500 M€ pour soutenir le développement de nouveaux concepts (Small Modular Reactor, surgénération, thorium, fusion, …).

  • Via le dispositif France relance, 366 M€ d’investissement avaient été portés en 2021 par des acteurs privés avec un soutient de l’Etat à hauteur de 110 M€


Avec une croissance de la consommation d’électricité, une envolée des prix et un soutien croissant des pouvoirs publics, les voyants sont au vert pour la relance d’une filière dont les compétences se sont affaiblies au cours des dernières années en raison d’un manque de projets notamment. Il convient de rappeler cependant que cette industrie a été capable de monter en compétences de manière fulgurante dans le passé. Vous trouverez plus de détails sur ces éléments dans le prochain blog.


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