• Hugo Hellard

Le conseil en stratégie après un doctorat

Dernière mise à jour : nov. 18


Il y a quelques mois, Hugo a rejoint Gjoa à la suite d'une école d'ingénieur et d'un doctorat en astrophysique. Il nous éclaire sur sa vision des ponts entre thèse et conseil, et sur son choix de s'orienter vers la stratégie.


Pourquoi le conseil en stratégie après les exoplanètes ?

En une phrase : accompagner les entreprises sur un éventail de problématiques tout en gardant l’esprit d’analyse structurée que j’ai appris durant mon doctorat. Deux souhaits notables m’ont décidé :

  • Travailler sur une large variété de cas, avec des problématiques plus opérationnelles par rapport aux déformations des Jupiters chaudes

  • Réduire le temps des cas sur lesquels je travaille. Les durées des projets de recherche en astrophysique se chiffrent en années, voire en dizaines d'années. Un cas d'étude de marché relativement simple peut être parfois bouclé en une semaine...

Quelle est la différence la plus marquante entre la recherche académique et le conseil en stratégie ?

Le rythme des échéances, qui est lié à la durée des cas que j’évoquais avant. Avoir un objectif à six mois ou un an n’est pas la même chose que d’avoir un objectif à deux heures. Cependant, la structure et l’organisation qu’apporte le doctorat permettent de s’adapter à ce changement de rythme de travail. Le doctorat est intense sur le long terme là où le conseil est intense sur le court terme.


Est-il plus facile de mesurer les déformations d’une exoplanète ou de comprendre une stratégie d’entreprise ?

Le secret réside dans la quantité d'information disponible, évidemment plus importante pour une entreprise : son histoire (!), sa situation actuelle (finance, organisation), son marché et sa concurrence, etc. Cependant, la forme d'une planète répond à des lois bien définies, là où les évolutions des marchés, et donc des entreprises, sont difficiles à cadrer par des équations.


Y a-t-il quelque chose qui t'as surpris dans tes premiers mois comme consultant ?

La forme des slides de restitution ! Après des années à produire des présentations je pensais être à l'aise sur cet aspect du rôle de consultant, en voyant le challenge sur le recul nécessaire à avoir pour apporter une valeur stratégique à la réflexion. Mais communiquer entre scientifiques n'est pas la même chose que communiquer avec un client !

Comprendre l'intérieur des planètes comme tenir une pêche dans sa main


A l'inverse d'une entreprise, nous n'avons pas de traces écrites ou visuelles relatant l'évolurion d'une planète. Et pourtant, celle-ci contient une information précieuse : comment devient-elle, ou pas, habitable ?


Une pêche arrivée en conteneur de l’autre bout du monde sera surement plus ferme qu’une pêche cueillie chez l’agriculteur local. D’une part la fermeté de la pêche – ses déformations – nous renseignent sur sa structure interne, et d’autre part sa structure interne nous renseigne sur son parcours – son évolution –.


La même idée peut être appliquée aux planètes afin de comprendre leur évolution : déduire leur structure par leurs déformations de surface. Pour cela, nous pouvons mesurer[i] les romantiques nombres de Love, propres à chaque planète, définis par le mathématicien Augustus Love[ii] il y a un peu plus d'un siècle.

Des ponts de compétences qui existent !


Depuis 2015[iii], l’entreprise constitue le premier débouché des docteurs en France. Dans les pays anglo-saxons et germaniques, notamment en Allemagne, le doctorat reste le diplôme de référence offrant de nombreuses et prestigieuses opportunités professionnelles.


En France, la réalité est différente pour une raison simple : la spécificité française des écoles d’ingénieurs, initialement créées pour les besoins économiques et industriels du pays. Les diplômes universitaires ont conservé un statut plus intellectuel qu'appliqué. Les cabinets de conseil recrutent donc historiquement des diplômés des écoles de commerce et d'ingénieurs, parcours à la fois élitistes et appliqués, permettant directement des débouchés vers le monde de l'entreprise, souvent à des postes de management.


Aujourd’hui donc en France, peu de docteurs sont retenus par les cabinets de conseil, à l’inverse de l’Allemagne ou de l’Angleterre. Et pourtant, il existe des compétences clés acquises durant le doctorat qui sont au cœur du métier de consultant :

  1. Recherche d'information : revue de la littérature afin de trouver l'information pertinente, vielle scientifique pour se tenir informé des dernières avancées et publications, et des colloques à venir

  2. Analyse structurée : rigueur et persévérance sont les maitres mots dans l'approche méthodologique d'un projet scientifique, qui se doit d'être logique et structurée

  3. Esprit de synthèse : résumé des travaux de recherche dans un livrable concis et clair qu'est l'article scientifique, validé par la communauté scientifique avant publication

  4. Communication : présentation des résultats lors de conférences internationales ou en réunion d'équipe, ainsi qu'à des évènements de vulgarisation scientifique

  5. Gestion de projet : management du projet de doctorat de bout en bout sur plusieurs années (définition des objectifs, phases et jalons, suivi de projet, etc.)

Le docteur n'est donc pas - ou plus - un scientifique théorique travaillant la nuit au fond de son laboratoire, en blouse blanche. Le docteur est une personne évoluant dans un milieu multiculturel et international, où la rigueur d’analyse et les compétences en communication sont clés pour réussir au sein d’un milieu ultra compétitif.

[i] HST/STIS Capability for Love Number Measurement of WASP-121b, ApJ 2020

[ii] Augustus Edward Hough Love, Wikipedia

[iii] Doctorants : pourquoi pas le privé après la thèse ? Les Echos, Janvier 2021


28 vues0 commentaire